Notre prématurité; 2 ans plus tard

Aujourd’hui, 17 novembre, c’est la Journée mondiale de la prématurité. Je l’ignorais totalement il y a deux ans et maintenant, je ne pourrai plus jamais l’oublier. Je ne sais pas si je ferai un article et/ou un clin d’œil à cette journée jusqu’à la fin de ma vie, mais en ce jour, un peu moins de deux ans après que nous ayons fait connaissance avec cette chose qu’est la prématurité, je ne suis pas encore prête à passer par-dessus cette journée et à ne pas vous en glisser un mot.

Je ne vous raconterai pas l’histoire de M. Louis encore une fois. Un moment donné, ça devient redondant. Si vous ne la connaissez pas (encore), vous pouvez la lire sur le Journal d’une maman au repos ou sur mon article de la Journée mondiale de la prématurité de l’année passée.

Ce que j’ai réellement envie de faire maintenant, c’est un espèce de petit bilan de ce qu’a laissé la prématurité dans nos vies, deux ans plus tard.

La marque indélébile

Harry Potter a une cicatrice dans l’front qui témoigne de son passé et du drame de son existence. S’il traîne cette cicatrice comme un fardeau pendant son enfance, elle devient rapidement l’emblème de sa force, de sa détermination et de son unicité. J’pense que la prématurité a laissé exactement le même genre de cicatrice dans mon cœur de mère. Au début, je la voyais comme quelque chose d’anormal, comme des souvenirs mi-triste mi-heureux avec lesquels je devrais vivre toute ma vie. Puis, au fil du temps, j’me suis rendue compte que cette cicatrice avait forgé mon caractère de mère, avait défini la maman que je suis devenue et m’avait donné une genre de force, la force de relativiser les choses et d’aller chercher le positif  même quand tout semble si sombre.

Je l’ai dit maintes et maintes fois, je ne suis pas traumatisée par l’expérience que j’ai vécue suite à l’arrivée un peu trop précoce de M. Louis. En gravitant dans l’univers hospitalier et de la néonatalogie, j’ai bien vu que finalement, nous avions eu beaucoup de chance et qu’on a eu un très beau parcours. Je ne garde pas d’amertume non plus face à tout ça; les premiers jours de vie de mon fils n’ont pas été aussi doux et purs que je le souhaitais, mais ça reste des souvenirs heureux dans mon cœur et dans ma tête. Ça reste quand même l’arrivée au monde de mon enfant, de la chose la plus merveilleuse qui me soit arrivée.

Par contre, avec le recul, je me rends compte que ça laissé une marque dans ma vie. Pas un tache, pas une blessure. Non. Une marque, une cicatrice, bien guérie, mais qui sera toujours là pour me rappeler ce que j’ai vécu, ce que mon enfant a vécu, ce que mon conjoint a vécu également. Tsé, une cicatrice, c’est pas toujours négatif. Ce n’est pas toujours défigurant. C’est parfois juste un témoin du passé, une mince trace afin de ne pas oublier.

Mes étapes à moi, à nous

J’attends actuellement mon deuxième bébé et c’est vraiment maintenant que je me rends compte que vivre la prématurité ça fait en sorte qu’on voit les choses différemment.

Pour la plupart des parents, il y a des étapes marquantes dans la grossesse.
Tsé, il y a le fameux cap du 12 semaines où on se dit que bébé est enfin accroché et qu’on peut recommencer à respirer un peu.
Il y a l’atteinte des 20 semaines où on se dit qu’on en a la moitié de fait et que dans pas SI longtemps, on va rencontrer notre trésor.
Il y a les 30 semaines où on se dit que crime!, ça s’en vient drôlement vite!
Il y a les 37 semaines où on se lève le matin en se disant « Ça y est, ça peut arriver n’importe quand à partir de maintenant! »

Ces étapes-là, je les vis moi aussi. Elles font partie intégrante de la grossesse, elles viennent avec. Sauf que moi, sauf que nous (parce qu’il ne faut pas oublier que ça aussi la grossesse de super chum-papa), on a des étapes supplémentaires.
À 24 semaines, au lieu de capoter en se disant que notre bébé est rendu de la grosseur d’une aubergine, on se dit qu’il a atteint de cap de la viabilité au Québec et que s’il devait naître maintenant, le corps médical tenterait tout pour le sauver.
À 28 semaines, au lieu de chiller le début du troisième trimestre avec un verre de jus de pommes pétillant, on se dit qu’on vient de sortir de l’extrême prématurité et que si bébé arrivait tout de suite, son pronostic serait quand même bon et que les chances de séquelles majeures seraient amoindries.
À 32 semaines, au lieu de crier à la terre entière que bébé est rendu aussi gros qu’une citrouille (une p’tite citrouille mettons), on se dit que si bébé arrive drette là, il sera « juste » prématuré, sans être un « extrême », sans être un « grand ». Pis en plus, à ce stade, l’hôpital régionale nous accepte! Yeah!
À 34 semaines, on franchit toute une étape parce qu’on sait qu’à ce stade, les poumons sont bien développés et qu’il pourrait naître sans nécessairement avoir besoin d’aide respiratoire et sans que je sois obligée de recevoir deux piqûres particulièrement douloureuses sur les foufounes afin de faire maturer ses poumons  à la vitesse de l’éclair.
À 36 semaines, on pousse un solide soupir de soulagement! Je peux arrêter les injections de Fragmin, l’aspirine, le Prometrium… on a presque presque presque atteint le terme.
À 37 semaines, on pleure de joie. On pleure de joie parce qu’à partir de là, quoiqu’il advienne, on a une solide victoire; celle de ne pas avoir de bébé prématuré.

Les parents qui n’ont pas à vivre la prématurité n’ont pas à traverser ces étapes. Ces espèces de seuils ultra médicaux avec un jargon tellement propre à eux. Toutefois, tous tous tous les parents qui ont à vivre une fois avec un bébé arrivé beaucoup ou juste un peu trop tôt dealent avec ces moments charnières et prient toutes les forces qui existent pour que bébé atteigne la taille du melon d’eau avant de quitter son petit nid douillet.

Prématurité deux ans plus tard, le bilan

On est si chanceux. Tellement chanceux. Deux ans (ou presque) après être entré dans le monde de la prématurité, on a un magnifique grand garçon de 21 mois et un autre petit bonhomme qui s’en vient. Notre fils, né à 33 semaines, n’a aucun problème lié à sa prématurité; il pète le feu (particulièrement à 2h du matin ces temps-ci). C’est un géant qui explose les courbes de croissance. Un petit garçon allumé en avance sur son âge dans bien domaines. Notre merveille qui nous surprend chaque jour de par sa vivacité d’esprit pis sa maudite-belle-face-que-j’ai-l’goût-de-croquer-tellement-y’é-beau. On s’en est bien sorti j’pense. On s’fait des high five super chum-papa et moi pour se féliciter. Et on espère du plus profond de notre cœur accueillir notre bébé bedon dans la douceur d’un matin d’hiver, sans stress et de s’émerveiller de ses joues dodues pis de ses cuisses potelées.

Ce coup-ci, on aimerait ben ça ne pas entendre « Il est beau pour un prématuré » (donc, il ne serait pas beau pour un bébé à terme?!). Je ne veux pas me faire dire que je suis « chanceuse » de ne pas avoir trop pris de poids, de ne pas avoir eu de vergetures ou encore, d’avoir eu la « chance » de rencontrer mon bébé plus tôt. La plupart des gens ne pensent pas à tout ça; moi oui.

Aujourd’hui, c’est le 17 novembre. C’est une journée un peu froide, un peu grise. C’est une journée bien normale pour la plupart des gens. Une journée de routine qui sera peut-être teintée par un beau souper ce soir. Mais aujourd’hui, pour quelques dizaines de milliers de parents québécois et leur famille, c’est une journée un peu spéciale. Une journée pendant laquelle notre petite cicatrice de la prématurité élance juste un peu plus que d’habitude…

Pssssst: Si des fois vous trouvez que vous avez un peu d’argent de trop ce mois-ci, y’a Préma-Québec qui en prendrait bien un peu (vous n’avez qu’à cliquer du « Donner » en-haut à droite).

 

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Trackbacks

  1. […] Aussi, cette semaine, c’était une drôle de semaine parce que j’ai atteint le cap des 24 semaines, justement. Là, vous lisez et vous ne comprenez probablement pas en quoi 24 semaines est une étape spécifique de la grossesse. 12 semaines ok, 20 semaines ok… mais 24?! Le truc, c’est qu’à ce stade, l’état québécois considère que mon petit bébé dans mon ventre est viable. C’est comme une espèce de limite arbitraire mise dans la grossesse pour dire qu’avant ça, si ton bébé arrivait au monde, on ne pourrait pas faire grand chose pour lui vu les chances horriblement minces qu’il s’en sorte, mais qu’après ce stade, on va tout faire pour le sauver et faire de lui un beau bébé en santé. J’en parle un peu plus ici. […]

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