J’ai allaité.

Moi.

Oui, moi. Moi, celle qui a toujours clamé haut et fort que je n’allaiterais  »JAMAIS DE MA VIE », j’ai allaité. J’ai offert ma poitrine à mon enfant, tel un buffet à volonté, ouvert 24h/24, 7 jours/7. Pis j’allaite encore soit dit en passant.

Mon début de championne

Les premiers jours, j’me sentais vraiment comme une championne internationale de l’allaitement. Une queen du sein! Dès les premières heures de vie de bébé, je l’ai mis au sein, j’ai corrigé sa prise et pis BING BANG POW, il tétait comme un champion! Les infirmière me félicitaient de mon  »talent » pour allaiter et s’exclamaient devant ma maîtrise de la situation:
– C’est votre premier allaitement Madame?
– Oh que oui!

Nous sommes sortis de l’hôpital avec notre petit amour qui passait sa vie à dormir et à téter quelques minutes par-ci par-là. La vie était belle et pas à peu près!  La nuit, bébé se révellait aux 4hrs, il buvait une quinzaine de minutes et puis hop! retournait dans son lit déjà bien endormi. Je n’avais aucune douleur au sein, aucune difficulté à bien placer bébé. Ma montée de lait était arrivée avant même que je ne quitte l’hôpital. Super chum-papa et moi on se disait  »Comme c’est facile, comme c’est facile! »

Le premier pouet-pouet

Puis, les jours ont passé et mon si trognon petit bébé a eu sa première poussée de croissance et en même temps, il a decidé qu’il allait faire de tétées groupées éternelles chaque soir en plus de juste cesser COMPLÈTEMENT de dormir le jour. Yeah?

J’ai déchanté. Solide. (Mes articles de désenchantement sont ici et ici)

Bébé allaitéAprès quelques jours à ce rythme, j’ai voulu lâcher l’allaitement. C’était un jeudi soir. Deux collègues de travail étaient venues me visiter à la maison et mon mini n’avait pas lâché mon sein une seule seconde de 18h à 21h30. Pendant que mes collègues et amies étaient là, ça me changeait les idées, mais lorsqu’elles sont parties, je me suis effrondrée. Je suis rentrée dans notre chambre où super chum-papa écoutait la télé pis je lui ai dit quelque chose qui sonnait comme:  »J’pu capable. Esti, j’t’à boutte. J’ai mal aux seins à force qu’il boive. J’y donne un biberon, c’t’assez! »
Super chum-papa m’a regardée avec toute sa nonchalance de gars qui connaîtra jamais ça avoir le bout des seins ratatinés pis il m’a dit « Ben non, ça va bien. Donne-moi le bébé pis va prendre un bain ». Ça m’a calmée pis ce soir-là, j’ai pas lâché.

Le temps a continué d’avancer et mon mini a continué à demander ma présence constante auprès de lui, le poitrail dénudé évidemment. Je n’arrivais même plus à manger assise à la table tellement j’allaitais sans cesse. Je me demandais si j’avais assez de lait, si mon lait était assez nourrissant. J’ai parlé maintes et maintes fois de mon allaitement via ma page Facebook ou mon Instagram et toutes m’ont dit  »Lâche pas! Après deux mois, c’est vraiment moins pire ».

Si vous saviez à quel point je me suis accrochée à ce deux mois-là! À quel point j’voulais croire celles qui me disaient ça. À quel point c’est comme devenu un mantrat.

J’lisais plein d’histoires sur l’allaitement, plein de femmes qui ont dû abandonner à cause de gerçures trop profondes, d’une mauvaise prise incorrigible, d’un manque de lait, de douleurs atroces pis quand j’lisais tout ça, j’me sentais coupable de me plaindre. Parce que moi, en théorie, tout allait full bien. J’tais juste à boutte. Pis j’me sentais aussi coupable d’avoir comme une espèce de hâte que mon bébé ait 2 mois. J’étais déchirée entre vouloir qu’il reste un petit bébé et profiter de chaque moment pis souhaiter qu’il vieillise un peu pis que l’allaitement se place. J’braillais dans mon bain preque tous les soirs.

En même temps, je sentais que notre famille se divisait. D’un côté, y’avait moi pis JayJay et de l’autre, y’avait super chum-papa et Louis. J’étais tellement prise par le bébé que j’avais juste pu l’temps de m’occuper de mon grand comme il faut. Fait que c’est comme si moi j’avais eu  »mon » enfant et super chum-papa le sien. Deux clans. J’aurais tellement voulu des fois donner le mini à son papa pour que moi aussi j’puisse passer du temps avec Louis, mais Jerôme me demandait sans cesse et j’sentais que super chum-papa n’avait pas envie d’avoir un bébé qui fait juste pleurer dans ses bras. J’braillais aussi pour ça.

 

Deux mois, alléluia?

Les sacro-saints deux mois ont fini par arriver. Enfin. Ben, enfin pis pas. Mon bébé, mon dernier bébé avait DÉJÀ deux mois. Ça m’a comme sauté dans ‘face; oui, j’avais hâte d’en arriver là, j’avais souhaité y arriver au plus vite, mais soudainement, mon minuscule bébé n’était plus si minuscule que ça… Il vieillissait, lui aussi. Quoiqu’il en soit, je ne m’étais pas fait mentir; l’allaitement s’est vraiment stabilisé après l’arrivée des fameux deux mois. Jérôme buvait encore beaucoup, plus souvent qu’aux 3-4heures, mais il s’est mis à faire des nuits complètes de 10-11hrs et tout, en général, a commencé à être plus facile.

Par contre, il pleurait encore beaucoup. Comme s’il n’était jamais content, jamais satisfait de rien. J’en ai parlé au médecin qui m’a assurée que tout allait bien avec bébé, qu’il ne faisait que  »s’exprimer ». Je suis aussi allée chez l’ostéopathe qui m’a également affirmé que tout était parfait avec bébé, qu’il était juste  »pleureux ». Et c’est là que j’ai commencé à douter de mon allaitement…

Est-ce que j’avais assez de lait pour le satisfaire?
Est-ce que mon lait était suffisamment nourrissant?
Est-ce que je mangeais adéquatement pour produire du bon lait?
Est-ce que c’était à cause de moi que mon bébé pleurait?

Sérieux, je doutais.  Au moins 12 fois, je me suis dis que je devrais lui donner de la préparation commerciale juste pour voir s’il serait plus satisfait. Mais d’un autre côté, j’voulais croire en mon corps et en sa capacité de produire du lait ben parfait. Après tout, mon bébé avait de belles grosses joues tsé…

Ma femme de ménage qui vient à chaque deux semaines me disait toujours:  »Attends ben. Il va pogner les 3 mois et il va changer. Tu vas voir. Attends ben »

Trois mois, ça va?

Et il a eu 3 mois. OMG! Du jour au lendemain, on ne sait pas trop pourquoi, notre petit grognon est devenu un beau bébé joyeux. Tellement que je l’appelle mon  »bébé soleil ». Il s’est mis à se réveiller en faisant de beaux sourires, à accepter d’être dans les bras de quelqu’un d’autre que moi, à être capable de rester plusieurs minutes sur le divan, par terre ou dans sa chaise vibrante sans hurler sa vie. Soudainement, je me suis mise à respirer.

La poussée de croissance de 3 mois est arrivée. La 9723e depuis sa naissance.  »La pire » à ce qu’on m’a dit. Toutefois, j’étais tellement soulagée que mon petit grincheux soit devenu un beau gros bébé sourire, un bébé capable de vivre sa vie à plus de 8 centimètres de ma poitrine, que j’ai vécu cette poussée de croissance-là avec zénitude.

Oui, il buvait beaucoup plus. Oui j’ai dû recommencer à me lever la nuit. Cependant, j’avais quand même une vie et j’existais au-delà d’être une mère allaitante pis ça, c’était la plus belle affaire du monde.

Mon allaitement, ça m’a challengée au plus profond de moi-même. Je savais que ce serait difficile, je m’en attendais, mais je ne croyais pas que les difficultés prendraient cette forme. Je ne croyais pas que ce serait difficile émotionnellement. Je ne croyais pas que j’aurais besoin d’autant d’adaptation. Mais savez-vous quoi? C’est à peu près l’affaire dont je suis la plus fière au monde. La maman que je suis a beaucoup évolué en deux ans et demi puis je suis contente d’avoir cru que j’étais capable et de m’être entourée des bonnes personnes. Maintenant, on s’est trouvé un nouveau rythme familial pis MON DIEU QU’ON TROUVE ÇA PLUS COMMODE QUE LES F*CKING BIBERONS! haha! On a l’impression d’avoir un bébé full facile à trainer, ce qui était pas tant le cas avec M. Louis hihi. J’pensais JAMAIS DE MA SAINTE VIE dire ça, mais j’aime ça allaiter… No joke. Surtout que là, c’est rendu que JayJay me pique des jasettes en buvant pis j’trouve ça cute level 823748972196.

Tout ça pour dire qu’initialement, je m’étais dit que j’allais allaiter sans pression et sans me casser l’becycle. Finalement, en cours de route, j’me suis rendue compte que j’y tenais plus que j’pensais. Ça m’a d’ailleurs profondément marquée de voir à quel point j’voulais. Fait que si t’es une maman ou une future maman toi aussi pis que l’allaitement, tu sais pas trop où tu t’en vas avec ça, j’te dis de faire c’que tu veux, de suivre ton cœur de mère, mais j’te jure que c’est vrai c’que tout le monde dit: ça finit par se placer 😉

Tsé, j’suis pas rendue une maman pro-allaitement. Je suis plus une maman pro-ce-que-tu-veux-tant-que-tout-le-monde-est-heureux. Mais ça reste que dans mon fin fond, j’me donne une binne sur l’épaule, j’prends un grand respire pis comme dirais Dora l’exploratrice, j’me dis: WE DID IT, YES WE DID IT!

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